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Aires Protégées: Il ne faut pas tomber dans la facilité.


On apprenait dans l’article du 30 septembre « Aller au-delà de la limite nordique », publié dans Le Quotidien, que la MRC Maria-Chapdelaine allait faire pression pour que l’ajout des nouvelles aires protégées se fasse au-delà de la limite nordique.

Depuis sa mise en place en 2003, la limite nordique d’attribution forestière exclut tout aménagement forestier au nord de son tracé. Un groupe de travail avait été mandaté à l’époque par le ministère des Ressources Naturelles du Québec pour s’interroger « sur la capacité du milieu forestier nordique à soutenir un aménagement forestier qui soit durable. »

Alors que chaque région est appelée à contribuer aux objectifs de 12% d’aires protégées au Québec d’ici 2015, on comprend bien pourquoi la MRC Maria-Chapdelaine veut s’affranchir de cette responsabilité au nord de la limite nordique, en zone déjà exclue à l’exploitation forestière. Le choix est facile. Il place les aires protégées dans les régions déjà hors d’atteinte de l’industrie. Il ne touche pas à la possibilité forestière de la région et garde les forêts productives ouvertes à l’exploitation. Les motivations sont politiques et économiques.

Les pressions économiques sur le choix des aires protégées sont déjà très visibles. La forêt boréale commerciale est deux fois moins protégée (5,14%) que la portion non-commerciale de cette forêt (12,18 %).

Or, la désignation d’une aire protégée doit aussi être considérée sous les angles scientifique et écologique. Même que, si on se fie à la définition d’une aire protégée dans la Loi sur la conservation du patrimoine naturel, les motifs d’une aire protégée sont « spécifiquement à assurer la protection et le maintien de la diversité biologique et des ressources naturelles et culturelles associées.»

L’identification d’une zone d’intérêts pour une aire protégée doit être fondée sur sa capacité à contribuer au patrimoine biophysique et culturelles de notre territoire et à sa représentativité. La question qu’il faut se poser n’est pas : « Où l’aire protégée dérangera-t-elle le moins? » La vraie question est : « Où sera-t-elle la plus utile? »

Les zones bioclimatiques les moins représentées par les aires protégées sont justement celles au sud de la limite nordique, soit la sapinière à bouleau jaune (5,45%) et la sapinière à bouleau blanc (5,35%). La pessière à mousse est protégée à 8, 84%. Les toundras forestières et herbacées, elles au nord de la limite nordique, sont les zones les plus protégées avec une représentativité à plus de 14% chacune.

De plus, l’un des enjeux primordiaux aux nouvelles cibles de 12% d’aires protégé au Québec est la protection du Caribou Forestier, espèce désignée comme vulnérable au Québec. Et comme de fait, dans le Plan de rétablissement du Caribou forestier au Québec 2005-2012, il est jugé essentiel pour le maintien du caribou forestier de développer le réseau d’aires protégées au sud de la limite nordique : « Dans la forêt sous aménagement, des aires protégées en place devront être modifiées et de nouvelles devront aussi être créées afin d’assurer la protection de noyaux de conservation pour le caribou. La superficie de ces aires protégées devrait idéalement être supérieure à 1 000 km2. »

Les présentes démarches d’ajout d’aires protégées au Québec sont une occasion de réparer le déséquilibre de protection déjà présent entre le nord et le sud de la limite nordique. Le nord est protégé à 8,1% comparativement au sud à 5,1%.

Quand la sauvegarde de notre patrimoine naturel est en jeu, il nous incombe de ne pas tomber dans la facilité et de faire les choix qui s’imposent.

Sources
1. http://www.mrn.gouv.qc.ca/forets/amenagement/amenagement-limite-nordique.jsp
2. http://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/MONO/2010/11/1063728/Pages_127-170.pdf
3. http://www.mddefp.gouv.qc.ca/faune/publications/especes/menaces/caribou-forestier/Plan-retablissement2013-2023.pdf